Retrouvez tous les mois un bilan du sondage mensuel proposé sur FFDream. Bien qu’évidemment non représentatif d’une vérité absolue, l’échantillon de lecteurs ayant répondu à notre petite question mérite malgré tout un petit commentaire de clôture. N’hésitez d’ailleurs pas à justifier votre choix dans l’espace de discussion en bas de l’article, il pourrait y avoir une surprise à la clef…

La raréfaction, voire disparition, des éléments liés à Final Fantasy au sein de Kingdom Hearts a t-elle modifié l’intérêt que vous portiez à la série ?

    • Oui 43.27% (119 votes)
    • Non 56.73% (156 votes)

Poser la question de la raréfaction des éléments liés à Final Fantasy au sein de Kingdom Hearts aux amoureux du cristal est loin d’être anodin. La lecture des résultats laisse pourtant à croire que pour presque 57% d’entre vous, cela n’affecte pas ou peu votre intérêt pour Kingdom Hearts. Ce sont surtout vos commentaires depuis les réseaux sociaux qui traduisent, malgré un certain regret, l’envie de voir Kingdom Hearts s’émanciper plus largement. Comme si tous ces emprunts n’avaient fait office que de faire valoir pour porter l’intrigue de Sora là où Disney oscillait entre associations pour l’effet et véritables ancrages scénaristiques.

Les réflexions qui suivent comportent des spoilers significatifs.

La place qu’occuperait vraiment Final Fantasy au sein de Kingdom Hearts 3 aura entretenu le suspens jusqu’au bout. Tetsuya Nomura avait certes largement préparé le terrain en expliquant qu’il ressentait beaucoup moins le besoin de réunir les deux univers mais sans jamais vraiment fermer la porte. La réalité apparente est que Kingdom Hearts 3 s’est débarrassé de toutes les incarnations liées à Final Fantasy (Leon, Aerith, Yuffie…) en se contentant d’offrir quelques petits (une publicité pour Dissidia NT dans le monde de Toy Story) et grands (ce Pampa fait de blocs toujours dans le même monde) clins d’œil. Au fond, cela pourrait paraître très suffisant et compréhensible tant le jeu peine déjà à offrir une synthèse digeste aux destins de ses personnages. On rappellera néanmoins qu’un certain nombre de mécaniques de jeu (magie, invocations, objets ou généralement l’héritage JRPG) ont acquis leur indépendance légitime, tout en évoquant toujours leur filiation avec la série-mère.

Dissidia NT s’offre dans le monde Toy Story une exposition remarquée à la sobriété efficace.
Dissidia NT s’offre dans le monde Toy Story une exposition remarquée à la sobriété efficace.

En filigrane, KH3 tente pourtant de rejouer une partition à mille lieux des ambitions affichées en matière d’indépendance. Si l’incroyable — littéralement, tant la surprise nous a pris de court — bande-annonce dédiée à Verum Rex (pour Vrai roi) joue la provocation sans ambages, elle traduit aussi l’envahissement de ce troisième épisode par des intentions déraisonnables manifestement indétrônables dans l’esprit du maître de la série.

Ce qui aurait pu, et dû, s’en tenir à une fulgurance très récréative pour les yeux et le cœur, se perd et se fond dans un patchwork précaire où l’abondance prend des airs revanchards sans incarner une promesse d’avenir si réjouissante. Car c’est à une époque qu’on espère révolue, faite de fantasmes sans appui sur une réalité tangible, qu’il est fait allusion. Comme si l’avenir se trouvait toujours dans le passé, et surtout dans un passé glorifié par la nostalgie d’un bonheur (ré)créatif qui ne cesse de blesser Final Fantasy.

Le remake de Final Fantasy VII chapeauté par le même réalisateur est là pour rappeler, plus que jamais, les limites de cette fantaisie qui sous ses atours ludiques n’évoque guère plus que le Final du titre. Qui a dit qu’indépendance signifiait nécessairement maturité ?

Si Nomura s’est toujours refusé à aborder le cas FFXV en interview depuis qu’il a été écarté du projet, KH3 est en tout cas un témoignage très éloquent de la brisure d’un développeur qui revendique formellement son statut de « vrai roi », de véritable parent. Il déclarait en 2013 considérer Sora et Noctis comme ses deux fils. Sora, le « bon garçon », et Noctis le « dernier né plus intelligent ». En concluant cette guerre des Keyblades avec quelques notes d’un Somnus « arrangé » en plein Shinjuku, Nomura n’aura en tout cas pas endormi, et encore moins soulagé, l’abattement des déçus de FFXV, et encore moins garanti à KH la véritable indépendance revendiquée avec tant d’aplomb.

Bilan :  la raréfaction des éléments liés à Final Fantasy au sein de Kingdom Hearts