Critique de Final Fantasy XII : The Zodiac Age
Final Fantasy XII : The Zodiac Age>le 19/07/2017 à 13h22 par Skypirate
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S'adonner à un remaster présente toujours une part de risque. Confronter ses souvenirs à l'épreuve des nouveaux standards et du temps qui passe est une expérience toujours particulière. C'est d'autant plus vrai lorsque ledit remaster concerne l'un des épisodes les plus transgressifs de la série et logiquement aussi l'un des plus attaqués. Qu'on se replonge dans Final Fantasy XII pour retrouver son ambiance si marquée, qu'on y revienne pour affirmer son aversion, ou qu'on le découvre pour combler son palmarès, tout semble pouvoir justifier une nouvelle excursion en Ivalice cet été.

Ce qui m'a frappé en 2007, et m'a paru encore plus évident aujourd'hui, c'est l'incroyable pouvoir d'attraction d'Ivalice. Ses couleurs chaudes inspirées de l'Orient, son folklore foisonnant, sa verticalité et ses influences très référencées en imposent dès la splendide cinématique introductive. Tellement qu'on finit rapidement par comprendre qu'aucun jeu, pas même Final Fantasy XII, ne suffira pour retranscrire toute sa richesse et ses subtilités. On connaît tous le développement chaotique du titre, le départ jamais vraiment expliqué de Yasumi Matsuno en 2005 (qui aurait pris congés pour des raisons de maladie et qu'on imagine exsangue après une gestation énergivore), et la relève assurée au pied levé par Akitoshi Kawazu. Une campagne marketing marquée par des non-dits parfois gênants en interview, et la preuve évidente que les derniers mois de gestation auront été bercés de compromis pour en finir avec ce projet devenu trop encombrant.

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Le pouvoir de la concision

Si le rythme grandiloquent et richement mis en scène des premières heures s'évanouit trop vite pour une narration beaucoup plus en filigrane et orientée exploration, on peut en tout cas se régaler d'une qualité d'écriture exceptionnelle. Final Fantasy XII manie la concision avec une grande subtilité, et compense ses trop longs silences par des protagonistes d'une grande justesse et surtout d'une fascinante crédibilité. Si le remaster n'aura évidemment pas pu sauver Vaan et Penelo, ils sont heureusement suffisamment effacés pour laisser s'exprimer le reste du groupe qui se réclame très logiquement du premier rôle. Malgré des destins abîmés et des âmes souvent écorchées vive, Final Fantasy XII nous évite l’écueil des atermoiements insupportables et des introspections gênantes. Dix ans plus tard, le titre est plus que jamais stupéfiant dans sa manière de se raconter et coiffe au poteau bien des titres aux ficelles trop grosses pour nous faire chavirer.

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L'autre gros morceau du jeu est évidemment son gameplay qui s'épanouit sur une carte immense (la possibilité d'afficher la map en surimpression est une bénédiction), et des donjons parfois vicieux. The Zodiac Age intègre naturellement tous les ajouts pensés pour la version International, et notamment l’idée du mode accéléré qui permet de progresser jusqu'à quatre fois plus vite. D'abord un peu perturbé par l'allure saccadée des protagonistes, on finit par succomber très rapidement à cette option qui rend les joutes plus dynamiques, et le farming presque hypnotisant. Le revers de la médaille est que l'échelle du jeu souffre en contrepartie beaucoup de cette progression éclair. Si Final Fantasy XII surprend toujours grâce à ses couleurs chaudes et son esthétique très singulière, les environnements sont quelques fois plus génériques et bien loin des panoramas vertigineux auxquels la série nous a habitués. Si le voyage est dépaysant, il s'appuie sur des ressorts moins spectaculaires et sur quelques donjons qui testent la résistance du joueur parfois de manière un peu malhabile. Définitivement, Ivalice doit tout à son ambiance cosmopolite et à ses airs acryliques qui lui confèrent un cachet inimitable. Cette force n'est heureusement pas altérée par le travail de remasterisation qui, sans rien toucher de la direction artistique, épargne souvent nos rétines des affres du temps mais ne peut rien contre les animations datées ou certaines modélisations un peu vilaines sur nos écrans HD.

Un système de jeu revitalisé

En provenance encore de la version International Zodiac Job System, la grille des permis est réarrangée selon 12 jobs disponibles pour spécialiser vos personnages et baliser plus clairement leur évolution. Le titre vous offre l'opportunité, exclusivité de cette réédition, après une dizaine d'heures de jeu d'en sélectionner un autre pour une combinaison plus efficace. Si l'idée est excellente sur le papier, elle éprouve malheureusement ses limites dans l'éventualité où vous n'auriez pas fait les bons choix. Si les forums pullulent aujourd'hui de « combinaisons gagnantes » et parfaitement équilibrées, le joueur non averti peut rapidement se retrouver démuni parce qu'il n'a d'autre choix que de faire l'impasse sur tout un pan des sorts offensifs et/ou défensifs. A titre personnel, je me suis mordu les doigts d'avoir ignoré le Chronomancien qui m'aurait grandement aidé lors de certains combats plus délicats. Vos choix étant définitifs, le système se montre alors impitoyable et vous oblige en contrepartie à exploiter davantage certains aspects du gameplay plus en retrait comme les Eons. Les affrontements plus nerveux en mode accéléré peuvent aussi compter sur une liste de gambits très enrichie (il suffit d'aborder un marchand de gambits pour se rendre compte de tout ce qu'il a à vous proposer) pour un système résolument plus tactique. Si cette version réajuste légèrement la difficulté du titre (cela s'en ressent notablement dans la première dizaine d'heures du jeu plus aisée), l'aventure principale compte toujours son lot d'obstacles et de boss qui obligent à reprendre la main sur l'équipe et à revoir son organisation de gambits. Les plus acharnés pourront quant à eux en découdre avec plusieurs dizaines de chasses et quêtes annexes qui constituent pour certaines de véritables défis.

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Si Final Fantasy XII a incontestablement vieilli sur certains aspects et ressorts de gameplay qui paraissent bien désuets aujourd'hui (phases d'infiltration, variations maladroites...), l'expérience globale demeure charmante. Un dernier mot enfin sur l'incroyable travail de réorchestration qui sublime l'ambiance de l'aventure. C'est d'autant plus impressionnant quand on connaît le volume de morceaux que l'orchestre a dû enregistrer pour le plus grand plaisir des mélomanes. C'est un régal auditif qui participe pour beaucoup au sentiment d'émerveillement et qui vous dissuadera, on l'espère, de vous réfugier vers les arrangements originaux. En définitive, si Final Fantasy XII : The Zodiac Age ne fera sans doute pas changer d'avis ses détracteurs, il offrira aux autres un incroyable sentiment d'accomplissement au terme de son épopée.


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