Le problème lorsque l’on sort un jeu excellent, c’est que chacune de ses suites est jugée au regard de celui-ci. Ainsi, après le formidable Duodecim sur PSP, les fans ont rejeté (à raison) le médiocre Dissidia NT puis (à tort cette fois) le sympathique Dissidia Opera Omnia pour des raisons très simples : ça n’était pas Duodecim. L’arrivée de Duellum va-t-elle enfin réconcilier tout le monde ou va-t-on de nouveau avoir le droit au désormais classique : « Gneu gneu, c’est pas Duodecim, nous on veut un remake » ?
Information importante : Bien que présentée comme une « expérience mondiale », Dissidia Duellum n’est pas disponible dans tous les pays à cause des réglementations en vigueur dans certains d’entre eux.
MDR C koi ça ya pas d’histoir XDDD

Le jeu s’ouvre sur Cloud et Sephiroth qui se courent après pour la énième fois dans un espace interdimensionnel. Tandis que notre ténébreux SOLDAT déchu s’enfuit dans une faille, Cloud est aspiré par un portail et se retrouve dans le Tokyo actuel. Même pas le temps de faire un tour à la Square Enix Boutique qu’un gros monstre apparaît en pleine rue. Notre blondinet est alors rejoint par d’autres personnages de la série et une bataille s’ensuit. Une fois la poussière retombée, on apprend que ces héros sont appelés des « Ghosts » (le jeu est intégralement en anglais) et qu’ils interviennent pour purifier les cristaux apparus un peu partout pour stopper la prolifération de monstres. Et ce sera tout pour le scénario. On ne sait pas pourquoi ils sont là, on ne sait pas ce qu’il se passe et tout le monde s’en fout et préfère se balader dans le parc ou dépenser de l’argent dans des salles de jeu. Bref, le jeu ne raconte rien et le peu que Duellum daigne nous lâcher, il le fait durant 75% du temps via des échanges de SMS dans un silence gênant.
Ce n’est donc pas folichon aussi bien en termes d’écriture ou de mise en scène mais le dernier clou planté dans le cercueil du fun vient de la manière de débloquer lesdites scènes. Il faut farmer le format classé du jeu pour récupérer des points de saison qui débloquent des récompenses dont des bouts d’histoire. Un farm d’ailleurs limité artificiellement par un système de cristaux. Chaque bataille (gagnée ou perdue) vous octroie un cristal qui s’échange au bout d’un laps de temps donné (entre 1h et 12h) contre une compétence. Le souci, c’est que vous n’avez que trois emplacements de cristaux et lancer une partie avec aucune place de libre vous empêche de gagner un nouveau cristal mais vous prive également de points de saison… Une décision purement marketing destinée à vous faire payer ou regarder une pub. Ou juste à éteindre le jeu et faire autre chose.
La bagarre et puis c’est tout

Outre une vaine tentative de chat intégré peu ergonomique, Dissidia Duellum n’a donc que des combats au menu. Vous trouverez le format classé, les combats libres et le mode challenge. Ce dernier propose une série de défis (gagner en utilisant 10 fois une compétence, finir MVP…) à réaliser avec un personnage donné et une équipe de bots. Sympa mais vous allez vite vous tourner vers le classé, seul mode qui vous récompense généreusement en points de saison… si vous gagnez.
Une fois le combat lancé, vous vous retrouverez dans l’arène avec cinq autres joueurs pour du 3v3. Pour gagner, il suffit de tuer le boss en premier. La petite subtilité, c’est que vous ne pouvez le blesser qu’en entrant en mode Burst – l’équivalent du mode Ex des premiers Dissidia. Pour ce faire, il faut accumuler de la bravoure jusqu’à en avoir 9999. Cette bravoure s’obtient en purifiant des cristaux éparpillés sur la carte ou en mettant KO d’autres joueurs. Les arènes étant extrêmement sommaires et n’offrant que très peu d’options stratégiques, tout repose donc sur les capacités de votre personnage et celles de vos coéquipiers. Chaque héros peut s’équiper de cinq compétences limitées par un cooldown. Cela va du classique Brasier ou Soin aux choses plus originales comme Bouclier ou Téléport. Il existe également des techniques propres à chaque héros qui s’avèrent beaucoup plus puissantes comme Omnislash de Cloud ou Army of One de Lightning.
En l’état, le système de combat est amusant et pas prise de tête. Une fois la maniabilité domptée, on s’amuse à envoyer nos grosses attaques, à se concentrer sur les cristaux tout en prenant par surprise les joueurs adverses ayant beaucoup de bravoure. Le jeu n’est absolument pas technique et ne requiert aucune maîtrise, tous les personnages se jouant plus ou moins de la même manière selon leur type (mêlée, distance, soutien) ce qui permet de facilement tester chacun d’entre eux. Du moins en théorie, car j’ai oublié de préciser un point absolument central de Dissidia Duellum qui le fait passer de sympathique à médiocre : c’est un gacha.
All for the money
Petit disclaimer : Je n’ai rien contre les gachas. J’ai passé des centaines d’heures sur Opera Omnia et je m’éclate sur Arknights Endfield, le tout sans jamais avoir dépensé un centime. Il faut dire qu’avec un peu de patience, on peut venir à bout d’à peu près tout le contenu sans problème. Cette précision étant faite, Duellum souffre d’un système de progression effroyable rendant la progression de plus en plus fastidieuse si, comme moi, vous ne voulez pas investir d’argent dans un titre qui sera probablement éteint dans un an.

Pour commencer, il vous faut votre héros. Le jeu vous en offre quatre au début (mais il ne fournit pas les compétences qui vont avec, vous pouvez donc, comme moi, vous retrouver avec une Lightning inexploitable…) mais si vous en désirez un ne figurant pas dans la liste, il faudra tenter votre chance avec un premier tirage. Sachant que chaque personnage existe en six variantes différentes, vous pouvez comme moi faire une quinzaine d’essai sans jamais avoir Kaïn… Une fois votre héros de cœur recruté, il faut l’équiper de compétences. Ces dernières s’obtiennent via un autre tirage (qui demande un autre genre de ressources) et les techniques les plus puissantes (UR et SR) n’ont qu’un très faible pourcentage de chances d’apparaître. Admettons que vous souhaitiez Omnislash. Vous avez 2% d’obtenir une technique UR puis une chance sur 29 que ce soit ce que vous cherchiez. Et avec l’arrivée prochaine de nouvelles compétences UR, ce pourcentage va s’amenuiser… Le pire étant que même si vous parveniez à avoir les techniques de votre personnage, votre calvaire n’est pas terminé puisqu’il faudra ensuite les monter de niveau pour augmenter les statistiques de votre héros. Sachant que pour optimiser un personnage, il faut lui équiper dix compétences (cinq utilisables en combat et cinq en support uniquement pour améliorer les stats) et que pour maximiser une technique, il vous en faut TRENTE exemplaires, vous comprenez aisément pourquoi les plus gros portefeuilles roulent sur les joueurs gratuits (ou malchanceux). Et je ne vous parle même pas du système de médailles qui lui aussi passe par de l’aléatoire. En ressort un réel déséquilibre où la puissance brute conférée par de la chance aux tirages annihile toute tentative de stratégie. Les plus forts atomisant les plus faibles d’un simple swipe sur l’écran.
Bien qu’original en termes d’univers et amusant le temps de quelques parties, Dissidia Duellum se vautre scénaristiquement et s’avère complètement sclérosé par son modèle économique qui limite le nombre de parties des joueurs free-to-play tout en en faisant de la chair à canon pour ceux qui ont obtenu de meilleures compétences aux tirages. Trop avare en récompenses, peu motivant… Pourquoi pas le temps d’une partie ou deux sur vos trajets quotidiens mais à éviter si vous voulez vous frotter à la compétition sans y mettre de l’argent ou si vous vouliez simplement une histoire sympa. Au final, peut-être bien qu’un portage de Duodecim aurait été plus appréciable.
Dissidia Duellum Final Fantasy : Money for Nothing