Il est des jeux qui aiment se faire attendre. Que ça soit par des annonces trop précoces ou des bruits de couloirs de plus en plus insistants, nombreux sont les titres qui ont alimenté les fantasmes de joueurs pendant de bien trop longues années. Parmi eux, le remake de Final Fantasy Tactics est un cas un peu particulier. Leaké via des fuites du côté de NVIDIA puis plus ou moins teasé à plusieurs reprises, il n’a été officialisé que le 4 juin 2025. Annoncé comme étant la version optimale du titre, et enfin traduit en français, Final Fantasy Tactics – The Ivalice Chronicles est sorti sur toutes les plateformes le 30 septembre. Et force est de constater que malgré le poids des années, Ramza et ses amis n’ont pas pris une ride.
Il est toujours délicat de critiquer un remaster/remake. Faut-il se concentrer sur les ajouts ou se placer du côté des nouveaux joueurs qui vont découvrir l’œuvre pour la première fois ? Vu que chez FFDream, on aime aller au fond des choses, nous tâcherons d’adopter les deux points de vue. Nous en profitons également pour remercier Square Enix France qui nous a envoyé un code pour la version PS5 du titre.
Avant d’aborder le jeu en lui-même, il convient d’expliquer pourquoi il bénéficie d’une telle aura chez une partie des joueurs. L’idée d’un Final Fantasy à la sauce tactical émerge dans l’esprit d’Hironobu Sakaguchi dès 1993. Malheureusement, le rythme de développement des épisodes principaux l’empêcha de concrétiser ses idées et le tout resta dans un tiroir jusqu’à l’arrivée providentielle de Yasumi Matsuno. Ancien de chez Quest, pour qui il a signé Ogre Battle puis Tactics Ogre, il est recruté par Square et se lance dans la réalisation de Final Fantasy Tactics. 2 ans plus tard, le titre sort sur PS1 et le monde vidéoludique s’accorde pour le qualifier de chef-d’œuvre du genre. Du moins, une partie du monde puisque l’Europe n’a pas la chance de voir débarquer le titre. Il faudra attendre 2007 et la formidable PSP pour enfin pouvoir s’essayer au jeu par chez nous grâce au remaster sous-titré War of the Lions. Au programme : des dialogues et quêtes supplémentaires, deux nouveaux jobs, Balthier et Luso en personnages bonus et de magnifiques séquences animées pour les moments forts de l’histoire. Une version parfaite pour tous fans si elle n’avait pas eu le mauvais goût de rester dans la langue de Shakespeare. De quoi bloquer pas mal de monde, mais également en frustrer beaucoup qui ne cessent d’entendre louanges et autres adjectifs dithyrambiques envers cet épisode. Alors quand tombe l’annonce d’un nouveau remake, qui plus est traduit, l’enthousiasme des joueurs fut à son comble.
Des chroniques palpitantes…

Le jeu s’ouvre sur l’enlèvement de la princesse Ovélia. Ramza, l’un des guerriers chargés de la protéger, reconnaît dans le ravisseur son ami d’enfance, Delita. Le scénario nous renvoie donc des années plus tôt, alors que les deux jeunes hommes sortent tout juste de l’académie militaire, afin de comprendre comment les choses ont pu en arriver là. Notre héros sera alors confronté à la réalité d’un royaume détruit suite à la guerre, où noblesse et roturiers s’affrontent pour essayer de survivre tandis que dans l’ombre les puissants tentent de prendre le trône. Fort heureusement, Ramza pourra compter sur l’aide de précieux compagnons avec qui il finira par changer le cours de l’Histoire.
Si vous avez déjà joué à un jeu de Yasumi Matsuno, vous ne serez pas dépaysés par les thématiques abordées durant l’aventure. Manipulations politiques, dérives religieuses, combat contre le destin… le tout avec un casting de personnages bien écrits oscillant sans cesse entre bien et mal. La qualité d’écriture générale, fidèlement retranscrite en français, brille d’autant plus dans ce remaster grâce à l’ajout de doublages (japonais ou anglais qui, je trouve, convient mieux aux univers de Matsuno). Les capacités de stockage accrues des supports modernes ont également permis la réintégration de dialogues, supprimés par manque de place en 1997, pendant les missions. De quoi compenser l’un des défauts de l’époque, les personnages importants devenant muets une fois recrutés. On saluera également la traduction basée sur le japonais pour une fidélité optimale.

En ressort une aventure extrêmement plaisante à suivre, notamment grâce à un rythme parfaitement maîtrisé – l’alternance combat/scénario est dosée à la perfection – et à une durée de vie d’une vingtaine d’heures, de quoi éviter les ventres mous. En parallèle, quelques quêtes annexes vous permettront d’en apprendre plus sur certains points de l’univers mais également de recruter des personnages supplémentaires, dont une tête bien connue des aficionados de la série. Et si le lore incroyablement riche d’Ivalice vous intéresse, une encyclopédie plus que complète vous attend dans le menu.
… mais pas vraiment complètes
Vous l’aurez compris, le scénario de Final Fantasy Tactics est excellent et se place aisément parmi l’un des meilleurs de la saga. Si vous n’avez jamais touché au titre auparavant, l’arrivée d’une traduction française ne vous donne plus aucune excuse pour ne pas tenter l’aventure. Et si vous avez déjà parcouru Ivalice par le passé, l’ergonomie retravaillée des menus et la fluidité générale rendent une nouvelle partie très agréable. Toutefois, on ne peut que s’interroger sur le choix de Square Enix de ne pas reprendre le contenu ajouté dans les versions PSP. Outre des cinématiques de toute beauté sublimant le style si reconnaissable d’Akihiko Yoshida, nous avions également le droit à de nouvelles quêtes annexes développant certains aspects du jeu original (comme la poursuite des survivants de la Brigade des cadavres). Prétextant une volonté de « fidélité à l’original », les développeurs ont fait le choix de ne rien conserver afin de garder l’expérience intacte. Ce qui ne les a pas empêché de rajouter des voix ou de modifier légèrement la fin. À l’image des Pixel Remasters, nous nous retrouvons donc de nouveau avec une versions « ultime mais pas vraiment ». Un sentiment d’entre-deux exacerbé par la présence de la version de 1997, mais pas celle sortie sur PSP. Dès lors, le sous-titre « The Ivalice Chronicles », bien que cohérent avec les événements racontés, semble quelque peu fallacieux. Difficile donc de définir une version optimale tant chacune a ses particularités.

Un gameplay généreux et profond…
D’un point de vue gameplay, Final Fantasy Tactics se montre assez simple de prime abord. Les cartes sont petites pour favoriser des joutes rapides et intenses dans lesquelles vous pouvez quatre ou cinq unités. Une fois le placement initial fait – et ne sous-estimez pas l’importance de ce dernier – l’ordre des tours est décidé par la vitesse de chacun des personnages. Lorsque vient votre moment d’agir, vous pouvez vous déplacer et/ou réaliser une action qui prendra plus ou moins de temps selon sa puissance. Ainsi, une attaque basique sera instantanée tandis qu’un sort prendra quelques tours à charger. Prenez d’ailleurs gare à la zone d’effet de vos sorts afin de ne pas frapper vos alliés !

Sur la forme, Final Fantasy Tactics n’a donc rien de révolutionnaire et s’avère simple mais efficace. En revanche, il se démarque grandement sur le fond, notamment grâce à sa vingtaine de jobs disponibles. Chevaliers, Moine, Mage blanc mais aussi Arithméticien, Géomancien ou Samurai, les possibilités sont nombreuses. D’autant plus que chaque unité peut s’équiper des compétences de sa classe active mais également de compétences précédemment acquises via un autre job. De quoi créer pas mal de combinaisons plus ou moins efficaces comme un Archer/Chevalier pouvant briser les équipements adverses à distance. Les possibilités sont très nombreuses et les seules limites sont le farm de PC – que l’obtient pour chaque action réussie – et votre imagination. Voir que le système imaginé en 1997 fonctionne toujours aussi bien aujourd’hui a de quoi laisser admiratif du travail des développeurs de l’époque. Cependant, tout ne pouvant être parfait, on ne pourra que pester face à cette caméra qui s’échine à ne pas nous montrer de manière claire le terrain. Bien qu’il existe la possibilité de passer en vue aérienne en maintenant une touche, une caméra libre aurait été plus que bienvenue parmi les ajouts de cette version.
… enrichi d’ajouts de qualité
Loin d’être un simple copié-collé – la version classique étant là pour satisfaire les plus nostalgiques –, cette nouvelle mouture embarque son lot de nouveautés. Outre ce dont nous avons abordé plus haut concernant la partie scénaristique, c’est principalement l’interface globale et l’ergonomie qui ont été revues. Des menus clairs, une arborescence des jobs avec les prérequis pour les débloquer, l’ordre des tours parfait pour planifier ses actions et la possibilité d’accélérer la vitesse des combats (mais qui a tendance à zapper les dialogues donc prudence) sont autant de petits ajouts qui simplifie la vie. De quoi rendre encore meilleur un titre déjà excellent. À condition toutefois de vous baser uniquement sur la version de 1997. Exit donc les ajouts de la PSP comme le mode multijoueur, les jobs de Chevalier noir et Chevalier Oignon mais également les invités Balthier et Luso.
Connu pour sa courbe de difficulté inversée – à savoir des premiers combats particulièrement ardus (Dorter…) qui tendent à se simplifier sur la fin –, la version optimale a le bon goût d’embarquer plusieurs modes de difficulté. Mais quelque soit l’option choisie, vos méninges resteront mis à contribution en permanence. De quoi rendre le titre accessible à tous. Les développeurs ont également fait un effort au niveau du lore. Si ce dernier reste (très) dense, il est désormais bien plus accessible et s’inspire de Final Fantasy XVI dans sa présentation. Un incontournable pour les férus d’Histoire.
Un remaster nécessaire mais discutable
Au final, mis à part la suppression des ajouts PSP qui ne manqueront qu’aux rares joueurs les ayant expérimentés, cette version du jeu est véritablement excellente et s’avère être la meilleure porte d’entrée pour les néophytes. Bloqué sur d’anciennes plateformes et intégralement en anglais, Final Fantasy Tactics n’avait jamais eu sa chance de briller par chez nous et c’est désormais chose faite. Toutefois, on ne peut qu’être dubitatif face au prix demandé. 60€ pour un lissage des graphismes un peu simple et 2-3 ajouts semble quelque peu excessif. D’autant plus que l’excellente bande-son signée Hitoshi Sakimoto n’a pas été réorchestrée contrairement à ce qui se fait habituellement sur les remasters de Square Enix. Si aucune justification officielle n’a été donnée, en lisant entre les lignes, on comprend que le développement du titre a pris beaucoup de temps. En cause, les épisodes XIV et XVI mais aussi, et surtout, la perte du code original qui a obligé les équipes a tout reprendre depuis le début. Un travail minutieux et forcément chronophage, mais est-ce aux joueurs de payer pour les erreurs des développeurs ? Quand bien-même ça n’impacte pas les qualités intrinsèques du jeu, il reste important de relever ce genre de pratiques.

Vous l’aurez compris en lisant le test, mais si vous n’avez jamais touché à cet épisode, n’hésitez plus une seule seconde et foncez. Avec son scénario terriblement prenant, son système de jobs aux innombrables possibilités et son univers si particulier, Final Fantasy Tactics reste un chef-d’œuvre même 28 ans plus tard. En revanche, si vous l’avez déjà fait, la question peut se poser. Outre une traduction française de qualité et un lissage des graphismes, qui ne sera pas au goût de tout le monde, on ne peut s’empêcher de se questionner sur certains choix (pas d’OST réorchestrée? Vraiment ?), faisant du titre, non pas une version optimale, mais bien une nouvelle version « entre-deux » comme les PR. Il n’empêche que c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on relance une partie « juste vite fait ».

