C’est la rentrée et nous nous retrouvons comme promis sur cette chronique nous permettant de faire vivre tous ensemble le patrimoine de la série. Après une quinzaine de billets, nous avons pris le temps d’analyser vos retours afin de vous offrir une version repensée de notre approche. Si la finalité est la même, à savoir échanger autour de nos plus beaux souvenirs, il nous paraissait tout à fait essentiel d’aller plus loin en abordant chacun des thèmes depuis cinq exemples très concrets et en les contextualisant davantage. Aussi, et afin de permettre des échanges plus riches et intéressants, il nous semblait plus pertinent de revoir le rythme de la parution. C’est pourquoi « C’est Vous Qui Le Dites » troque son format hebdomadaire contre un rythme bimensuel afin que l’on puisse véritablement se faire l’écho de vos retours, les synthétiser, et aboutir à une forme de conclusion qui n’aura pas nécessairement comme ambition de faire consensus mais bien de brasser vos sensibilités dans leur ensemble. Nous vous souhaitons une agréable lecture, et comptons comme toujours sur vos retours sans lesquels cette rubrique n’aurait que peu d’intérêt.

 

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

Vous le savez maintenant mais nous aimons à penser qu’aimer Final Fantasy, c’est aussi et avant tout l’idée d’aimer le « beau ». De se laisser aller parfois béatement à la contemplation aussi. Les cinématiques occupent à ce titre une place considérable dans ce domaine. Chargées émotionnellement ou artistiquement épatantes, elles se laissent admirer, goûter, dévisager presque, avec un plaisir qui ne s’éteint pas. Pour cette nouvelle itération de notre chronique « C’est Vous Qui Le Dites », nous avons choisi de mettre en avant cinq d’entre elles pour des motifs plutôt éclectiques. En établir un classement n’aurait pas beaucoup de sens mais quelques évidences se dessinent nettement. Vous vous en rendrez compte, l’équilibre entre le contemplatif du reste n’a rien de très évident au final, et peut même se révéler vénéneux depuis les dernières itérations de la série, mais quel plaisir tout de même de se replonger dans ces douceurs tels des enfants éblouis par tant de splendeur.

Sommaire 

 

Final Fantasy VIII, une introduction grandiloquente

L’introduction du huitième épisode est un véritable monument cinématographique qui en plus d’annoncer la couleur du gouffre technique le distinguant de son aîné, prouve toute la maestria de Squaresoft en matière de mise en scène et surtout une maturité avant-gardiste. La réalisation est absolument somptueuse, les plans s’enchaînent dans un tableau étourdissant, depuis l’écume de la mer qui recouvre lentement le sable, jusqu’aux incrustations sur l’écran gorgées de promesses et de fougue.

Riche en symboles et en métaphores, la longue introduction enchaîne les plans où une plume se grime en quelques instants en une gunblade transperçant l’écran, jusqu’au ciel dégagé se chargeant progressivement jusqu’à la trombe. Ce sens du rythme et du détail, on les doit notamment à un homme alors en pleine ascension, Tetsuya Nomura. Il dirige notamment ses équipes sur tous les détails techniques épineux (fourrure de Squall, mouvement des vagues, comportement de la plume…). L’artiste entend bien épouser une dimension définitivement hollywoodienne et imposer Squaresoft comme un acteur clé de l’industrie japonaise en la matière. À force acharnement et de talent, ses équipes sont parvenues à embrasser leurs ambitions pour un résultat qui se tient parfaitement aujourd’hui encore. Cette introduction peut par ailleurs compter sur le talent de Nobuo Uematsu qui livre à cette occasion un morceau particulièrement fort et épique, Liberi Fatali, sorte de chorale latine grandiloquente, qui rugit à l’unisson et grandiloquence avec le matériel visuel.

Cette cinématique est parvenue à hisser l’introduction de Final Fantasy VIII comme l’une des plus impressionnantes de la série, et reste un marqueur fort de l’ambition de Squaresoft qui s’entêtera à toujours vouloir se surpasser sur le plan technologique. Ce huitième épisode compte à cet égard de nombreuses autres scènes animées complètement ahurissantes – comment ne pas songer au défilé d’Edea, à l’attaque opposant la BGU à la faculté de la Galbadia, au flottement désespéré de Linoa dans l’espace, jusqu’aux crédits de fin particulièrement soignés eux aussi – qui ont eu le très bon goût de s’intégrer sans transition, aucune, aux scènes in-game. Le joueur accepte alors de relâcher quelques instants la manette pour mieux apprécier ces intermèdes récréatifs et évoqués avec une si grande justesse.

Bonus : La version américaine du premier Parasite Eve proposait un aperçu des plaisirs de demain, et notamment de Final Fantasy VIII, avec un trailer envoûtant centré sur la fuite de Dollet. Les passages cinématographiques dévoilés sont plutôt intriguants puisque c’est un soldat qui remplace Quistis aux manettes de la sulfateuse, tandis que l’on y aperçoit Linoa – dont on ne fait la connaissance que plus tard dans le jeu – s’échappant avec le reste du groupe. Un travail de modélisation conséquent à l’évidence partiellement jeté pour offrir aux joueurs un aperçu concret et tangible de l’ambition du jeu.

Final Fantasy XV, des adieux déchirants

Citer le quinzième épisode au travers cette chronique a quelque chose d’un peu particulier, et même de cocasse, tant celui-ci tend à recourir le moins possible à l’exercice de la cinématique préférant faire tout vivre depuis le moteur du jeu pour ne jamais rendre le joueur trop passif. C’est une volonté incarnée notamment par son réalisateur, Hajime Tabata, qui a préféré renoncer à nombre de travaux déjà bien avancés (il suffit de visionner quelques anciennes bandes-annonces pour s’en convaincre) pour tout recréer in-game.

Malgré tout, Final Fantasy XV compte trois cinématiques, l’introduction, la mort de Lunafreya, et la conclusion, qui occupent des moments logiquement puissants de l’aventure, même si le titre s’introduit avec un peu de paresse. Songeons tout le même que nous avons pu nous « consoler » avec Kingsglaive qui constitue en quelque sorte une friandise géante en guise de bienvenue sous la réalisation du génial Takeshi Nozue qui livre tout de même 110 minutes de vidéo. Square Enix a donc dû composer avec un choix créatif et artistique qui rompt assez nettement avec les traditions.

La mort de Lunafreya reste pourtant un moment fort indépendamment de tout ce que l’on peut penser du jeu, ou du sens que l’on peut donner à la relation entre le jeune prince du Lucis et l’Oracle des dieux. On y perçoit toute la détresse et le désespoir de Noctis qui se débat désespérément face à l’inévitable devant l’air imperturbable et résigné de Luna. Une fois n’est pas coutume, la prouesse technique est remarquable depuis le flottement des cheveux de Luna jusqu’à l’incroyable mue du jeune Noctis en l’adulte devant désormais composer avec ses responsabilités. L’ambiance est saisissante, émouvante, et prouve à cet égard tout l’intérêt de ces moments loin de laisser le joueur aussi passif qu’il n’y paraît.

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

Ces instants renforcent au contraire le souvenir qu’on se fait de certains personnages ou d’instants. Ils sacralisent les grands moments, et permettent de maîtriser la narration jusqu’au plus petit détail. Concernant le cas FF XV, on se rappelle que quelques instants plus tôt, Noctis affronte Leviathan dans un combat à la mise en scène maladroite, techniquement un peu gauche, et ludiquement frustrant. Le jeu renonce à toute pirouette artistique ou cinématographique certes, mais pour un résultat assez vain. Preuve en est qu’au delà de la frontière ultra poreuse séparant désormais les moteurs 3D du rendu vidéo, la question de l’immersion depuis le prisme de la mise en scène ne doit pas être considérée avec légèreté.

Bonus : Nous l’abordions un peu plus haut, Final Fantasy XV a finalement renoncé à nombre de cinématiques a priori plutôt déjà très avancées pour tout transposer in-game ou dans des projets connexes. Certaines cinématiques semblaient pourtant tout à fait pertinentes, on pense notamment à celle dévoilée durant l’E3 2013 où le jeune prince Noctis partage un repas avec son père dans une scène touchante de complicité. Au final, le jeu faillit à retranscrire ce lien pourtant très attendu entre Regis et Noctis à force de coupes. Quelques réminiscences bien associées au récit auraient pourtant permis de répondre en partie à la problématique.

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

 

Final Fantasy XIII, une démesure au service des personnages

Le treizième opus n’est pas nécessairement le plus évoqué lorsqu’il s’agit d’aborder le cas des cinématiques, il se montre pourtant très généreux en la matière et émaille sa narration de nombreuses scènes vidéos qui permettent de distinguer très nettement ses héros et son univers. C’est d’ailleurs assez fou puisque FF XIII compte tellement de scènes cinématiques qu’il nous parait presque ingrat d’en distinguer une seule. Le retour sur Cocoon de nos personnages après la parenthèse éprouvée sur Gran Pulse constitue pourtant un moment visuellement incroyable, et d’une intensité rare. Nos héros aidés de leurs eidolons reviennent plus déterminés que jamais à affronter leur destin, et prêts à assumer la terreur qu’ils inspirent auprès des habitants.

La prouesse technique est tout simplement incroyable et replace l’aspect récréatif permis par les scènes vidéos au tout premier plan. Les plans et images se succèdent à un rythme si effréné qu’il faut bien plusieurs visionnages pour en apprécier toutes les nuances et le talent. Après quelques heures passées dans des environnements lunaires et éteints, le joueur se retrouve confronté à un environnement plus futuriste que jamais envers et contre tous.

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

La structure du treizième épisode particulièrement linéaire couplée à l’abondance de cinématiques interroge pourtant sur l’équilibre de l’exercice qui en viendrait parfois à perdre de sa magie à force d’être utilisé à des fins trop futiles. C’en deviendrait même parfois frustrant de n’être finalement que spectateur des plus grands moments sans jamais pouvoir y contribuer concrètement. Il est amusant de comparer ce constat avec l’idée qu’on se fait de Final Fantasy XV et de son obstination à recourir le moins possible à l’exercice cinématographique.

Au final, la structure narrative apparaît comme très fragile et doit demeurer sur « le fil » pour demeurer percutante sur le long terme et impacter durablement. C’est sans doute en raison de ces problèmes d’équilibre que FF XIII est parfois injustement mentionné car cette espèce d’hybridation narrative fait moins sens que par le passé. Si FF XIII semble raisonnablement rimer avec « l’envie du beau », la performance à proprement dite ne rime pas avec la passivité attentive espérée. Ne boudons pas notre plaisir tout de même, et saluons à nouveau le génie créatif de Square Enix qui prouve là encore tout son savoir-faire.

Bonus : Fier du cachet de ses cinématiques, Final Fantasy XIII leur offre une incrustation de choix au sein de ses menus puisque l’ouverture des caractéristiques de chacun de nos personnages s’ouvre par une brève animation issue de l’une des cinématiques du jeu. L’effet est somptueux et absolument pas intrusif, une réussite !

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

 

Final Fantasy IX, l’onirisme et le sens du rythme

Difficile pari d’impressionner davantage après un huitième opus se permettant toutes les extravagances visuelles et une variété des situations étourdissante. Le neuvième épisode entend pourtant se faire une place de choix en se parant d’un cachet visuel plus particulier, d’un ton plus mélancolique, et d’un rythme globalement ralenti pour mieux nous immerger. La fin du premier disque est à cet égard marquée par l’apparition de Kuja qui observe notre groupe réduit au silence par Béate à Bloumecia. L’ambiance est suspendue alors que des trombes d’eau s’abattent sur nos personnages inertes. Kuja ne peut s’empêcher d’afficher cet air un peu trop satisfait avant de grimper sur sa monture. Les plans se succèdent lentement, prenant soin d’offrir à chacun des personnages son « moment ». La caméra évolue à rythme ralenti comme pour marquer davantage le côté abasourdi de nos personnages incapables de se relever.

Une autre cinématique vient immédiatement, et sans doute plus spontanément, en tête lorsqu’on songe à Final Fantasy IX. Il s’agit évidemment du duel opposant Alexander contre Bahamut. Ce premier invoqué par Dagga et Eiko protège la cité comme un roc après avoir déployé ses ailes dans un tableau vertigineux. Le choix des tons exacerbe l’onirisme du moment qui là encore prend le temps de poser son action et se focalisant régulièrement sur l’air de nos personnages éreintés mais déterminés. L’intensification de l’action est ici portée par un montage impeccablement maîtrisé et esthétiquement irréprochable. Là où Final Fantasy VIII aurait sans doute pioché dans son infini réservoir d’effets extravagants, FF IX transgresse la surenchère avec talent en renonçant aux plans trop rapides. Une technique cinématographique tout aussi probante pour un résultat gagnant de bout en bout !

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

Bonus : Indice supplémentaire prouvant la maestria et l’impact des cinématiques de Final Fantasy IX, et de leur cachet, la collaboration entre le géant Coca-Cola et le titre pour un spot magique d’environ 30 secondes. Loin de dénaturer l’ambiance du titre, cette collaboration est une vraie merveille visuelle à l’ambiance délicieuse. Un partenariat intelligent en somme comme on aimerait en voir plus souvent !

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

 

Final Fantasy X, l’ère de la maturité pour plus d’humanité

Il nous paraissait simplement impensable de conclure cette itération consacrée aux cinématiques sans aborder le cas Final Fantasy X qui opère un tournant tout à fait considérable dans la série. Au delà de marquer l’arrivée de la série sur une nouvelle génération de consoles, ce dixième opus cède enfin aux sirènes du doublage pour une immersion, et même une incarnation, considérablement renforcées.

Si le dixième épisode de la série compte lui aussi nombre de scènes cinématiques absolument sublimes, comment résister à la fameuse scène du baiser entre Tidus et Yuna ? L’un et l’autre cèdent à leurs entraves respectives pour faire vivre au grand jour leur idylle naissante malgré le caractère tragique de la dernière ligne droite qui se dessine. Final Fantasy semble alors emprunter un sentier autrement plus adulte quitte à paraître un peu trop mièvre pour certains, et assume définitivement le caractère contemplatif de ces moments guimauve pas si accessoires qu’il n’y paraît. Les plus attentifs parleront alors de « passivité attentive » qui permet à la structure narrative de notamment prendre une ampleur inédite et qu’aucun moment interactif n’aurait su retranscrire convenablement. Il paraît aussi tout à fait raisonnable de recourir à ces instants hors du temps pour les inscrire dans la légende, et Final Fantasy X est parvenu à instaurer un équilibre très percutant.

D’autres cinématiques issues de cet épisode nous reviennent évidemment en tête… Notamment la «presque introduction» consacrée au tournoi de Blitzball interrompe par l’attaque de Sin. La scène du baiser se détache néanmoins de part l’intensité du moment, sa justesse artistique, et l’humanité qui se dégage de notre duo. Car l’arrivée des doublages dans la série permet une identification véritablement renforcée et un affect amplifié. La trilogie FFVII/VIII/IX a fait le choix éclairé de pas y recourir, non pas pour des choix techniques mais plutôt artistiques, mais les équipes créatives ont finalement pu véritablement faire jaillir des personnages leur plein potentiel une fois la « voix » retrouvée. On ne pouvait définitivement pas espérer meilleure initiation à ce nouveau règne.

Bonus : La suite du dixième épisode s’introduit avec une cinématique plutôt osée où notre trio d’héroïnes se donne en spectacle dans un concert lorgnant clairement du côté de la J-Pop devant une foule déchaînée. On pensait retrouver notre invokeuse Yuna désespérée, elle nous revient au final complètement transformée et insouciante. Heureusement, celle apparente légèreté n’est qu’une façade et offrira au final quelques cinématiques au ton résolument plus grave. Les équipes créatives prouvent encore toute la variété des registres dans lesquels ils semblent très à l’aise.

Final Fantasy et les scènes cinématiques :  le contemplatif au service d'une passivité attentive

 

Nous arrivons au terme de notre chronique consacrée aux cinématiques. Replonger dans ces moments iconiques nous a permis notamment de mettre en exergue des choix artistiques et qui interrogent sur le sens narratif qu’ils incarnent. La fameuse passivité attentive réclamée par ces cinématiques ne saurait fonctionner que par un consentement éclairé d’un joueur convaincu de l’intérêt de ces moments. La série a emprunté depuis le septième épisode des sentiers tout à fait éclectiques, presque antinomiques parfois, et si ces choix ont fait longtemps l’unanimité, ils divisent assez nettement depuis le treizième épisode. Entre la tentation de recourir trop goulûment à ces friandises et l’obstination à vouloir s’en affranchir, les fans ont dû conjuguer avec des choix créatifs résolument déterminés sur la question. C’est donc le moment de vous interroger sur les cinématiques qui vous ont le plus marqué, ou tout du moins l’épisode qui y a fait recours avec le plus d’intelligence à vos yeux. Exprimez-vous depuis les commentaires ou via les réseaux sociaux, parce que c’est mercredi, et que c’est vous qui le dites !

Avant de quitter ce billet, nous vous invitons à répondre à ces deux questions pour mieux discerner vos préférences et attentes concernant l’usage des cinématiques dans la série. 

Parmi les exemples évoqués dans ce billet, quel est celui qui vous a le plus marqué concernant les scènes cinématiques ?
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Final Fantasy et les cinématiques, vous préférez que la série y recoure...
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