Ivalice… Terre de chevaliers et de magie, théâtre de guerres et de complots mais aussi synonyme d’aventure. Ce monde fictif a été utilisé dans plusieurs jeux tel que Vagrant Story ou Final Fantasy XII. Aujourd’hui, dans votre rubrique #Reset, nous allons nous intéresser aux origines d’Ivalice avec Final Fantasy Tactics.

 

Avant d’aborder le jeu en lui-même, j’aimerai vous parler de son créateur Yasumi Matsuno et des événements qui l’ont amené à concevoir ce qui est considéré comme l’un des meilleurs Tactical-RPG de tous les temps.

Aux origines du chef-d’oeuvre

Yasumi Matsuno est né en 1965 dans la petite ville d’Arai au Japon. Passionné d’Histoire et de cinéma, il se lance dans des études de droit. Avec l’arrivée des premières salles d’arcade, le jeu vidéo va devenir une véritable passion pour le jeune homme. Mais la révélation arrivera en 1986 avec la sortie de deux jeux : Dragon Quest et The Legend of Zelda. Sa décision est prise, il veut travailler dans le domaine des jeux vidéo. À la fin des années 80, Matsuno rejoint la société Quest. Après avoir officié sur quelques jeux, sa direction lui donne l’autorisation de travailler sur son propre titre avec pour seule consigne de faire un bon jeu qui pourra représenter la société. Grâce à cette liberté, Matsuno se met à plancher sur un scénario qu’il a en tête depuis un moment et rassemble son équipe qui compte Akihiko Yoshida et Hitoshi Sakimoto avec qui il deviendra ami et qui le suivront dans tous ses autres projets. Le jeu, qui porte le nom d’Ogre Battle, en hommage au groupe Queen, sort en 1993 et est un véritable succès ce qui permet la mise en route d’une suite.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Ogre Battle : The March of the Black Queen sur SNES

Il s’agira cette fois d’un Tactical-RPG du nom de Tactics Ogre. En plus du style reconnaissable de ses créateurs, le jeu pose également les bases de plusieurs mécaniques que l’on retrouvera dans Final Fantasy Tactics comme l’ordre des tours déterminé par la vitesse des personnages ou les magiciens commençant les batailles avec une barre de MP vide.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Tactics Ogre : Let Us Cling Together sur PSP

Tactics Ogre est un nouveau succès à sa sortie et conforte Matsuno dans sa position de nouveau talent de l’industrie. Il décide alors de rejoindre Squaresoft, suivi par presque toute son équipe. L’homme se voit confier la mission de créer un Tactical-RPG qui doit porter le nom de Final Fantasy Tactics. Après de longs mois de travail, le jeu sortira sur la Playstation en 1997 au Japon puis en Amérique. L’Europe devra attendre 10 ans, soit 2007, pour découvrir le jeu à travers le remaster Final Fantasy Tactics : The War of the Lions sorti sur PSP. C’est à cette version que j’ai joué et sur laquelle se base ce #Reset. Je vous laisse avec la bande annonce de l’époque pour vous mettre dans l’ambiance.

 

Une histoire fantastique

Résumer rapidement le scénario de FFT est une tâche presque impossible tant celle-ci est riche et complexe. Vous incarnez Ramza Beoulve, plus jeune fils d’une prestigieuse famille de noble d’Ivalice, qui se retrouvera pris dans une guerre sans merci pour la succession au trône. Intrigues politiques, mensonges, trahisons et morts émailleront une aventure au ton beaucoup plus sombre et sérieux que dans les autres FF. Les personnages sont malmenés, aucun n’est vraiment bon ou mauvais, le jeu évitant de tomber dans le simple manichéisme. Matsuno aborde de nombreux thèmes que l’on retrouvera dans ses autres jeux : lutte des classes, religion, destin… À tout cela s’ajoute un background très étoffé concernant le passé d’Ivalice et la Guerre de 50 ans qui a ravagé la contrée, la légende de Saint Ajora qui a fondé l’ordre religieux du pays, l’ordre des Zodiac Braves… Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi l’univers du jeu fascine de nombreux joueurs encore aujourd’hui.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Les personnages sont souvent malmenés par le scénario

J’ai moi-même été captivé du début à la fin par le duel entre Ramza et Delita, le destin tragique d’Ovelia ou encore la folie des Lucavis (qui ne sont autres que les espers rebelles de FF XII)… Tout est fait pour que l’on ne puisse plus lâcher la manette. Les événements et rebondissements s’enchaînent et certains comme la confrontation avec Wiegraf ou la fin douce-amère, resteront gravé longtemps dans ma mémoire. J’ai également apprécié que tous les personnages secondaires amenés à rejoindre notre équipe bénéficient d’un grand soin d’écriture et soient développés lors de plusieurs quêtes annexes. Il y a toutefois deux éléments qui, même s’ils ne m’ont pas gêné, peuvent rebuter certains joueurs. Le premier est l’absence d’une traduction française. Le jeu n’est disponible qu’en anglais qui plus est assez soutenu. Même si celle-ci est d’excellente qualité, elle pourrait poser des soucis de compréhension aux personnes ne maîtrisant pas la langue. Deuxième point, la nécessité de devoir lire de (très) longs textes placés dans les menus pour connaître le passé d’Ivalice et ses légendes. Si cela est optionnel pour apprécier le scénario, il est indispensable d’y jeter un œil si vous voulez en saisir toutes les subtilités. Le jeu n’est donc pas à mettre en toutes les mains et mieux vaut être préparé avant de s’y lancer. Néanmoins, il serait dommage de s’arrêter à cela tant l’intrigue et ses rebondissements en valent la peine.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
L’un des rares moments d’accalmie

Un gameplay incroyablement riche

Il est temps d’aborder le gameplay de cet épisode. Première incursion de la série Final Fantasy dans le genre du Tactical-RPG, c’est un quasi sans-faute qui sera réalisé par Square. Le jeu vous propose de vous déplacer sur une carte du monde d’un lieu à l’autre. On trouve plusieurs villes qui vous permettent de faire le plein d’équipements, de lancer des quêtes secondaires et de recruter de nouveaux équipiers. Le reste de la carte est rempli de zones qui peuvent déclencher une bataille aléatoire lorsque vous y passez. Les affrontements se déroulent dans des arènes plus ou moins grandes où les personnages agissent chacun leur tour suivant leur vitesse et la topologie du terrain sur laquelle ils se trouvent.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Les cases bleues représentent l’endroit où peut se déplacer un personnage

À chaque tour, plusieurs actions sont disponibles : se déplacer, attaquer mais aussi utiliser ses compétences de job. Et c’est là que se trouve l’un des plus gros intérêt du gameplay à mes yeux. À l’instar de FF V, chaque unité peut choisir un job qui affecte ses statistiques, ses compétences ainsi que les équipements qu’elle peut porter. Si le choix de départ est assez restreint, vous débloquerez de nouvelles classes en montant de niveaux celles que vous possédez déjà. Mais ça ne s’arrête pas là car en plus de ce job principal, vous pouvez attribuer un job secondaire à chaque personnage. Ninja/chevalier, mage noir/Dragonnier… Avec plus d’une vingtaine de jobs, les possibilités sont très grandes. De plus, presque toutes les combinaisons étant viables, le jeu possède une excellente rejouabilité. Si l’on retrouve bien évidemment les classiques mages blanc, voleurs et autres, certaines classes plus originales comme le géomancien ou le surpuissant arithméticien permettent de pimenter les joutes. Ajoutez à cela, certains personnages spéciaux possédant des jobs uniques (comme Agrias, Beowulf mais aussi Cloud et Balthier qui font ici un caméo) et vous aurez une petite idée de l’incroyable richesse de ce système de jeu ! Je ne m’étendrai pas plus sur cet aspect du jeu tant il y a à dire (affinité zodiacales, bravoure, foi, importance du sexe des unités…).

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Vous avez de quoi faire !

Construire sa propre équipe, expérimenter de nouvelles combinaisons, chercher des synergies… Sont autant d’activités passionnantes mais chronophages pour quiconque aime optimiser au maximum ses personnages. Quant aux autres, ils seront obligés de s’y intéresser, la difficulté du jeu se montrant sans pitié ! Celle-ci est d’ailleurs assez étrange. Les premières missions sont extrêmement dures (la cinquième mission ayant été un véritable enfer pour moi…) et vous obligent à bien réfléchir chaque action sous peine de vous faire balayer en quelques tours. Sachant que si vous ne ressuscitez pas une unité au bout de 3 tours, celle-ci disparaît à jamais… De quoi occasionner de nombreux reset ! Cependant passé un certain cap, et avec l’obtention d’un personnage surpuissant, la courbe de difficulté s’inverse totalement faisant de votre équipe une force presque inarrêtable pour vos adversaires.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
De nombreux classiques font également une apparition comme le Bombo

Techniquement toujours au top

D’un point de vue technique, à part quelques soucis de lisibilité due à la caméra, je n’ai rencontré aucun problème. Les graphismes sont propres et les cinématiques au style crayonné sont magnifiques. Nous sommes amenés à visiter de nombreux environnements différents qui nous plongent immédiatement dans l’ambiance médiévale du titre. Le character-design de Yoshida, à mi-chemin entre le SD et le réaliste, ajoute également beaucoup à l’ambiance générale. Les personnages se fondant naturellement dans le décor. D’un point de vue sonore, les musiques signées Sakimoto sont un ravissement pour les oreilles. Le compositeur se servira de son travail sur cet épisode pour tous les autres projets concernant Ivalice. Certains thèmes seront même repris à l’identique.

Des avis unanimes

Final Fantasy Tactics : The War of the Lions fit l’unanimité à sa sortie. Noté 8/10 par Gamekult qui, malgré une difficulté mal dosée, salue la richesse du « scénario aux multiples intrications » et du système de jobs. JV.com lui attribue un beau 17/20 malgré quelques reproches envers l’IA et la difficulté du titre. Le testeur de l’époque conclura par ses mots :

D’autres RPG tactiques ont depuis vu le jour mais rares sont ceux qui ont profité d’un gameplay et d’une histoire aussi étudiés. A savourer pour les siècles des siècles, amen.

Sa place au sein de la série

Conçu comme un spin-off à l’origine, FFT sera toutefois rattaché à FFXII. D’après les nombreux documents présents dans le jeu, les événements du douzième épisode se déroulent plusieurs siècles avant FFT. Cependant, un grand cataclysme (dont la nature exacte est inconnue) aurait frappé Ivalice causant l’extinction de plusieurs races non-humaines ainsi que la régression technologique du pays, ce qui expliquerait la rareté des armes à feu et l’absence de vaisseaux. Ce lien entre les deux jeux est également la raison pour laquelle les Lucavis nous semblent si familiers. Après leur tentative de rébellion contre les Occurias qui les a amenés à être scellés dans Final Fantasy XII, les éons font leur retour dans Final Fantasy Tactics sous le nom de « Lucavi » ou démon. Déterminés à prendre leur revanche, ils projettent de mettre Ivalice à feu et à sang en usant des auracites pour investir le corps des hommes. Fort heureusement Ramza parviendra à les arrêter lors d’une confrontation finale au sein de ruines de l’ancien monde.

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Qu’on les appelle Eons ou Lucavis, ils n’en restent pas moins de formidables adversaires !

Malgré ses liens avec un épisode canonique, FFT reste assez méconnu du public, encore plus en Europe où il n’est sorti que tardivement. Depuis, si l’on peut regretter l’absence d’une ressortie numérique sur les dernières consoles (honneur dont ont bénéficié les épisodes canoniques), le jeu n’a pas été totalement abandonné par Square Enix. La société entretient la flamme en proposant de nombreux événements collaboratifs sur ses jeux mobiles, des quêtes sur FF XIV, des cartes FFTCG à l’effigie des personnages… Ramza fera également une apparition dans Dissidia Final Fantasy NT et sera même accompagné d’Agrias dans Theatrhythm Final Fantasy Curtain Call. Il n’empêche que cet épisode est tout de même moins mis en avant malgré l’amour que lui porte ceux qui y ont joué.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché
Ramza prêt au combat dans Dissidia NT

 

Une valeur sûre

Ce jeu a été pour moi un véritable coup de cœur. Étant passé à côté lors de sa sortie, à cause de mon niveau en anglais insuffisant, c’est avec plaisir que je m’y suis enfin plongé. J’ai aimé ses personnages tragiques, sa musique magnifique et son système de jeu à la profondeur inouïe. Il m’a aussi permis de jeter un nouveau regard sur certains éléments de Final Fantasy XII, les deux jeux appartenant à la même ligne temporelle. Que vous aimiez les Tactical-RPG ou les histoires bien écrites et terriblement prenantes qui évitent les sempiternels clichés du genre, je ne peux que vous recommander de vous laisser happer par cet opus.

Final Fantasy Tactics : le joyau caché

Sachez toutefois que la complexité de cet épisode n’en fait pas la porte d’entrée idéale pour quelqu’un qui n’aurait jamais joué à un RPG tactique. Si tel est votre cas, je vous conseille de d’abord vous tourner vers la série des Tactics Advance entièrement traduits en français, à l’ambiance plus légère mais au système de job tout aussi abouti.

Après avoir terminé Final Fantasy Tactics : The War of the Lions, je peux vous assurer que son statut de chef-d’œuvre du T-RPG n’est pas usurpé. Sombre, profond, riche et intelligent, son propos et ses mécaniques restent d’actualité même de nos jours. Normal que ses créateurs aient acquis une telle renommée après un jeu comme celui-ci. De là à dire que ce spin-off est meilleur que certains épisodes canoniques, il n’y a qu’un pas que je franchis sans hésiter.